42 | Document d’Enregistrement Universel 2022 Acteos
Après la crise, il faut relancer l’économie. Ce
moment charnière devrait permettre de faire le tri
entre les entreprises qui prennent vraiment leurs
responsabilités, et les autres.
Depuis des années, les entreprises parlent de leur
engagement, de leur responsabilité sociale, et plus
récemment de leur “purpose”, de leur raison d’être, de
leur mission.
Tous ces mots, et toutes les procédures, le reporting et
les normes qui les accompagnent, sont là pour tenter de
démontrer une chose : que les entreprises sont en train
de changer de paradigme pour participer plus
activement à la poursuite de l’intérêt général. Mais le
sont-elles vraiment ? Nous allons probablement très
bientôt le savoir.
La crise du coronavirus, et surtout la période qui suit,
devrait être un véritable test pour le monde de
l’entreprise et pour la RSE. Un test qui mettra en
évidence ceux qui, parmi les acteurs économiques, ont
réellement pris la mesure des changements à mettre en
œuvre.
La RSE se mesure en temps de crise
Pour une entreprise, s’engager pour mieux contribuer à
l’intérêt général peut revêtir plusieurs formes. Des
politiques de bien-être au travail, aux politiques
environnementales, en passant par le lissage des
inégalités internes ou encore la philanthropie : nombreux
sont les domaines où l’entreprise peut agir pour
transformer sa façon de produire et de faire du business,
afin d’avoir un impact plus positif sur la société.
Mais une chose est claire : s’engager est toujours plus
simple quand tout va bien. Mieux rémunérer ses
collaborateurs, investir dans leur bien-être, mieux
rémunérer des fournisseurs, choisir des méthodes de
production plus respectueuses de l’environnement : tout
ça coûte de l’argent. Et quand on a beaucoup d’argent,
car on est en croissance, c’est évidemment plus simple.
Pourtant, c’est bien durant les périodes de crise que se
mesure la sincérité des engagements RSE. C’est quand
les choses vont mal, que les budgets diminuent, que l’on
peut mesurer la volonté réelle des entreprises de
continuer à contribuer positivement à la société. La crise
de 2008 a montré que pour beaucoup d’entreprises, la
RSE n’était qu’une façade fragile : dès l’instant où les
profits ont commencé à fondre, les bonnes intentions se
sont envolées… ce qui n’a pas empêché les
rémunérations des dividendes, les bonus de fin d’année
et les stock-options. Entre 2007 (avant la crise) et 2010
(après la crise), le montant des dividendes versés par le
CAC40 est ainsi passé de 31 à 40 milliards. Et 50
milliards en 2019.
Face à la crise du coronavirus, et surtout à ses
répercussions économiques, on devrait voir assez vite si
ce schéma se reproduira ou non. Les engagements pris
depuis quelques années avec l’enthousiasme de la Loi
PACTE en France et des équivalents dans les autres
pays disparaîtront-ils en même temps que la perspective
de bénéfices à deux chiffres ?
Déjà, la bataille des modèles commence
Pendant que partout, on commence à penser au monde
d’après, à des manières d’éviter de répéter nos erreurs,
on peut déjà voir la bataille des modèles idéologiques
commencer.
Pendant que certains appellent à refonder l’entreprise
sur la base d’un modèle d’affaire durable, prenant mieux
en compte les questions sociales, environnementales ou
la résilience, d’autres, sont déjà en première ligne pour
perpétuer le monde d’avant.
Ainsi, on voit déjà les lobbying se mettre en place :
certains constructeurs automobiles seraient déjà à la
manœuvre pour demander aux autorités politiques
françaises et européennes un assouplissement des
normes écologiques. Même chose du côté de certaines
compagnies aériennes, qui, face à la crise, commencent
à chercher à faire assouplir la réglementation. Dans
d’autres secteurs, des entreprises sont pointées du doigt
lorsqu’elles mettent la sécurité de leurs salariés en jeu
pour maintenir leurs activités.
À l’opposé, on voit certains signes d’ouverture se
dessiner du côté d’entreprises qui acceptent de diminuer
leurs dividendes pour faire face au contrecoup de la
crise, ou qui diminuent les rémunérations de leurs
dirigeants. Certaines entreprises envisagent même une
diminution temporaire des salaires les plus hauts pour
éviter d’avoir à licencier.
D’autres commencent aussi à réfléchir à une
relocalisation de leurs activités, à un travail plus efficace
sur la résilience de leur Supply Chain, ou à une meilleure
anticipation de leurs risques pour les autres crises qui
pourraient survenir : la crise climatique par exemple.
D’ores et déjà, ce sont deux visions de l’entreprise qui
s’affrontent : d’un côté celles qui cherchent à préserver
les logiques du passé, d’une profitabilité à tout prix, y
compris celui de la stabilité sociale et environnementale.
Et de l’autre celles qui, peut-être, ont commencé à
comprendre que ce modèle dépassé ne peut pas
produire de la richesse à long terme.
Un moment charnière pour la RSE
Evidemment, il ne s’agit pas de dire qu’il faut ignorer la
réalité économique. Beaucoup d’entreprises,
notamment de petites entreprises mais aussi quelques
grandes entreprises, vont devoir faire face dans les
prochains mois à des difficultés importantes. Et il ne sera
certainement pas facile dans ce contexte de continuer à
se préoccuper de recyclage, d’éco-conception ou de
changement de modèle d’affaires.
Mais pour certaines entreprises, celles qui ont ces
marges de manœuvre, ce sera l’heure du choix. Où la
priorité sera-t-elle mise ? Sur la construction d’un
modèle plus vertueux, quitte à y perdre temporairement
en profitabilité, ou sur la perpétuation d’un modèle court-
termiste comme ce fut le cas ces dernières années ?
Pour la RSE, les prochains mois seront donc charnière.
Pour les départements RSE il va sans doute falloir se
battre en interne pour faire valoir sa légitimité. Face à la
crise, il sera d’autant plus difficile de maintenir ses
budgets, de continuer à investir pour des modes de
production plus propres, de financer des actions de co-
construction avec les parties prenantes. Mais c’est aussi